Comment descendre la Loire en canoë kayak ?

Descendre la Loire en canoé kayak
Descente de la Loire en canoé Kayak / crédit photo : Brieg JAFFRES

Qui n’a jamais rêvé de descendre une rivière sauvage, à l’écart de la civilisation ?

Pas besoin de partir au Canada, c’est possible sur la Loire, fleuve le plus sauvage de France.
Ayant parcouru une petite partie de la Loire en kayak, je partage ici avec vous quelques informations pour vous aider dans votre préparation.

PRESENTATION

La Loire, d’une longueur d’environ 1000 km, prend sa source au Mont Gerbier de Jonc (proche du Puy en Velay) et débouche dans l’Océan Atlantique, à Saint-Nazaire. La première section de 300 km jusqu’à Roanne est technique et demande de l’expérience. En revanche à partir de Roanne la navigation est relativement facile sur 700 km jusqu’à l’embouchure. Il faut compter 3 à 4 semaines pour parcourir l’intégralité de cette deuxième partie. Comptez 15 à 30 kilomètres par jour selon votre embarcation, le courant et votre condition physique.

Carte générale de La Loire

QUELS LIVRES ET CARTES CHOISIR ?

Guide

La Loire vue du fleuve de Jean-François Souchard (Editions Le Canotier) décrivant tout l’itinéraire, est à ma connaissance le seul guide disponible à actuellement.

Il est assez complet avec une introduction donnant de bons conseils généraux. Puis il décrit bien l’itinéraire secteur par secteur à l’aide de cartes et d’un descriptif bien détaillé, tout cela accompagné de photos pour se mettre dans l’ambiance.

Il vous indique entre autres : les obstacles à la navigation, les éventuels dangers, les points de mise à l’eau avec position GPS, les camping, les agglomérations, les gares…

Attention cependant l’échelle des cartes n’est pas toujours la même et n’est pas toujours très fiable. Mais c’est le seul point négatif de ce guide. Personnellement je trouve qu’il est indispensable pour une descente en toute sécurité. La Loire est un fleuve relativement simple à descendre même sans trop d’expérience, mais il est important de connaître à l’avance certaines informations importantes.

Carte

L’idéal serait d’avoir une série de cartes IGN (TOP 25 série bleue) mais il en faudrait un paquet pour couvrir tout l’itinéraire. Optez donc plutôt pour un GPS avec cartographie, ou pour une application comme Iphigénie ou View Ranger pour les visualiser sur un smart phone (View Ranger est gratuit avec des cartes open source moins précises mais qui peuvent être suffisantes). Attention cependant à bien gérer l’autonomie de votre appareil et de le mettre dans une pochette étanche !
Je vous conseille dans tous les cas d’avoir des cartes papier pour avoir une vue d’ensemble de votre parcours. Pour cela vous pouvez opter pour la série d’IGN TOP 100.

Récit d’aventure

Pour vous immerger dans l’aventure, je vous conseille de lire « Aventure en Loire » de Bernard Olivier, relatant sa descente de la Loire, de la source à l’embouchure, d’abord à pied, puis en canoë. Bernard Olivier est un célèbre écrivain voyageur ayant écrit « La longue marche » (récit de son voyage à pied sur la route de la soie) Il est également le fondateur de l’association « Seuil »

 

 

OU DORMIR ?

C’est le type d’aventure idéale pour une immersion nature :). Le bivouac sauvage ne pose pas de problème, vous serez souvent seul au monde. La recherche d’un bon bivouac peut prendre un peu de temps dans certaines parties, mais on finit toujours par trouver un coin sympa. Vous avez souvent le choix de camper sur la berge « civilisée » ou sur une île (tranquillité absolue !) Attention de remonter assez haut sur la berge pour planter la tente. Ne laissez pas non plus votre embarcation au ras de l’eau car le niveau d’eau peut monter sensiblement en cas d’orage ou en cas de lâcher de barrage.

camping sur La Loire

L’itinéraire est également jalonné de plusieurs campings si vous souhaitez un peu plus de confort.
Pour ceux qui opteraient pour l’hôtel, il faudra prévoir des étapes bien précises, un bon cadenas pour votre embarcation et de quoi porter tout votre matériel jusqu’au village voisin qui peut être un peu éloigné du fleuve (un peu galère je pense).

OU SE RAVITAILLER ?

Vous pouvez vous ravitailler facilement au moins tous les 2 à 3 jours dans les villes et villages qui se trouvent le long du fleuve. Cela nécessite de garder l’embarcation sous surveillance, ce qui sera compliqué si vous partez seul. Si vous choisissez de partir en autonomie complète, vous pouvez être à un peu moins de 1 Kg par jour et par personne en optimisant bien le rapport poids/calories des aliments (un peu moins de 500g pour un enfant de 7 ans). Je peux faire un article sur ce sujet. Si cela vous intéresse, laissez un commentaire !

COMMENT FAIRE POUR L’EAU POTABLE ?

L’eau potable n’est pas très accessible, il faut laisser l’embarcation et aller dans les villages. Vous pouvez emporter un bon stock d’eau (en bouteille ou en Jérrican) mais vous allez alourdir votre chargement, ce qui sera plus pénible pour remonter votre embarcation le soir sur la berge ou pour faire un portage pour passer un barrage.

Ou alors vous pouvez opter pour le filtre à eau pour être complètement autonome (c’est ce que j’ai fait). Vous avez de l’eau à volonté dans le fleuve, le filtre permet de rendre cette eau potable. Mais un filtre coûte relativement cher. Les premiers modèles sérieux commence aux environs de 100 euros. Si vous souhaitez investir pour toute votre vie dans le top du filtre à eau voici le modèle qu’il vous faut :

Katadyn « filtre à eau de poche » Je l’ai utilisé pendant 2 ans quasiment quotidiennement lors de mon tour du monde à vélo et je n’en suis pas déçu !
Pour la douche et la vaisselle utilisez l’eau du fleuve. Attention cependant de ne pas utiliser de shampoing ou de liquide vaisselle polluants. Moi j’utilise du savon de Marseille pour tout faire, même pour la vaisselle ça marche très bien !

 

 

 

QUAND PARTIR ?

Le printemps (avril à mai) peut être pluvieux, la température de l’eau est encore fraîche, le niveau du fleuve peut être également assez élevé avec un courant relativement fort (les conditions peuvent être très changeantes en fonction des précipitations).
Le début de l’été (début juin a mi-juillet) est la période idéale. Il fait beau normalement 🙂 . La température de l’eau est agréable pour la douche, le courant n’est pas trop fort et le niveau du fleuve n’est pas encore trop bas, contrairement à la deuxième partie de l’été (de mi-juillet à fin Aout) ou le niveau plus bas de l’eau peut poser des difficultés. Attention à l’automne qui peut être pluvieux.

Heures de lever et de coucher du soleil

Au début de l’été vous profiterez de très longues journées !
Par exemple au 1er Juillet à Roanne : le soleil se lève à 05h57 et se couche à 21h38

Le vent

Attention il ne faut pas le négliger même en été. Malheureusement le vent dominant vient du Nord Ouest. C’est à dire qu’il est la plupart du temps contraire à votre sens de progression. Bon, dans tous les cas vous n’allez pas parcourir le fleuve dans l’autre sens à contre courant, il faut donc faire avec. La gène occasionnée par le vent sera plus ou moins importante en fonction de l’embarcation que vous choisirez. Et justement quelle embarcation choisir ?

QUELLE EMBARCATION CHOISIR ?

Je vous donne ici mon avis et les différents avantages et inconvénients pour chaque option.

Canoë

Embarcations ouvertes pouvant accueillir 1 à 4 personnes. C’est une bonne option, surtout si vous êtes en famille (sauf au niveau de l’embouchure où la navigation devient maritime). Ces embarcations ne craignent pas trop l’échouement, elles peuvent franchir les passages délicats assez facilement. L’embarquement et le débarquement sont pratiques et le matériel est accessible.
En revanche, les canoës ne sont pas très rapides, car ils sont larges et hauts sur l’eau. Ils ont donc une prise au vent importante (il faudra forcer pour avancer face au vent). Attention à bien sécuriser le matériel, sinon vous perdrez tout en cas de chavirage…
Avant mon départ j’avais sélectionné deux modèles de canoës, adaptés pour deux personnes et ayant fait leurs preuves :
– Le canoë Ranger 162 de chez Venture
– Le canoë Discovery 158 de chez Old Town

Kayak en fibre ou en plastique

C’est aussi une bonne option si la vitesse est un critère important pour vous. Ces bateaux ont une bonne glisse sur l’eau et on peu de prise au vent. Privilégiez plutôt les kayaks fermés si vous souhaitez un bateau rapide et confortable. Privilégiez plutôt les kayaks ouverts (sit-on-top) si vous souhaitez un bateau plus sécurisant en cas de chavirage et plus costaud. Les sit-on-top ne sont pas très rapides, mais ce sont sûrement les embarcations les plus polyvalentes pour descendre la Loire. Attention un long kayak de mer ne convient pas vraiment pour franchir les passes à canoës.

Canoë/Kayak gonflable

Ces bateaux sont lents, par contre ils tolèrent bien l’échouement et passent très bien les passages délicats. L’un de leurs gros avantages est que vous pouvez les transporter dans le train ou le bus. Si vous optez pour cette option, choisissez un bateau solide. Gumotex est un des leaders sur le marché.

Kayak pliant

Ne faites pas la même erreur que moi ! Ce sont de super bateaux, mais ils ne sont pas vraiment adaptés à la Loire. Ces kayaks sont assez fragiles et ne sont pas prévus pour s’échouer ou passer les passages délicats. Bon, au final je ne l’ai pas trop abîmé, mais j’ai dû sortir le bateau quasiment à chaque passage délicat et j’ai stressé plus d’une fois quand je voyais le fond défiler à quelques centimètres sous mon kayak… Parfois ça a touché !

Si vous n’avez pas l’embarcation appropriée vous pouvez en louer. Certains organismes peuvent vous déposer au point de départ et vous récupérer à la fin de votre périple. En fonction de la section que vous voulez descendre, vous pouvez contacter par exemple :

Dans tous les cas et surtout si vous êtes seul et/ou chargé, n’oubliez pas de prendre un chariot assez costaud pour pouvoir faire rouler votre embarcation.

QUEL MATERIEL FAUT-IL EMPORTER ?

Si vous souhaitez recevoir la liste du matériel nécessaire, vous pouvez me laisser votre email en cliquant sur ce lien. Je vous enverrai un mail avec un fichier, que vous pourrez adapter en fonction de vos besoins.

SECURITE ET NAVIGATION

-La règle la plus importante est de bien anticiper le passage des ponts et des quelques passages délicats. Dans le doute débarquez à terre pour aller repérer le passage. Il y a parfois des barrages infranchissables où le portage est obligatoire.

Loire passage délicat après Diou

-Soyez toujours vigilant, dans certaines section du fleuve de nombreux troncs d’arbres ou branches se cachent juste sous la surface. S’il y a du courant vous pourrez les repérer grâce aux remous qu’ils forment.

La force du courant est variable en fonction des endroits, il est parfois très faible, mais ne minimisez pas sa force, il est souvent plus fort que ce que l’on croit.

-Vous vous échouerez au moins une fois (à moins que le niveau d’eau soit haut). Il y a beaucoup de bancs de sable, ou des fonds de petits galets sur lesquelles il n’y a que quelques centimètres d’eau.

Il y a trois techniques pour les éviter :
La première est de passer toujours sur le côté extérieur des virages car le courant creuse le fond sur ce côté, parfois sur une largeur de quelques mètres seulement. Mais ce n’est pas toujours si évident et parfois on se fait coincer. Dans tout les cas pas de panique, il suffit de sortir de l’embarcation pour l’alléger (sans la perdre :)) et de rejoindre une zone plus profonde. Attention les bancs de sable peuvent s’arrêter net et sont instables sur les bords. Vous pouvez avoir de l’eau aux chevilles et un mètre plus loin vous n’avez plus pied !

La deuxième technique est de viser la pointe du « V » inversé dans les zones de courant ou vous verrez des remous. C’est la que vous aurez le plus d’eau.

La troisième est de faire le bon choix quand une île sépare le fleuve en deux. Choisissez le bras le plus large. Ce choix n’est pas toujours facile, il faut parfois y aller à l’instinct !

Si vous achetez le guide « La Loire vue du fleuve » lisez bien la première partie qui vous donne des informations supplémentaires concernant la sécurité.

PEUT-ON DESCENDRE LA LOIRE AVEC DES ENFANTS ?

La descente de la Loire peut se faire avec des enfants ayant un bon niveau de natation. Cela n’empêche pas le port obligatoire du gilet de sauvetage. Et si vous voulez que votre enfant le porte, le plus simple est de montrer l’exemple. Vous savez ce qu’il vous reste à faire 🙂 . A mon avis 7/8 ans est un minimum pour une descente en sécurité.

Descendre La Loire avec des enfants

Gardez en tête qu’à cet âge, ils ne pagaieront pas beaucoup et pourront s’ennuyer assez vite. Il ne faut donc pas hésiter à multiplier les pauses. Pensez également à bien les protéger du soleil, la réverbération est très forte sur l’eau. La plupart des enfants adorent la vie au grand air, c’est l’occasion de vivre des moments vraiment privilégiés avec eux.

Ma fille a adorée. Elle à passée une grande partie de son temps à capturer des petites bêtes dans sa boite d’observation quand nous étions à terre, puis à les observer pendant la navigation et à les relâcher à la pause suivante.

COMMENT S’Y RENDRE ?

Le problème principal d’une descente de rivière, c’est que l’on part d’un point D (départ) et qu’on arrive avec tout son matériel à un point A (arrivée). Donc :
-Soit vous laissez un véhicule au point D et arrivé au point A un des coéquipiers prend le train pour récupérer le véhicule.
-Soit vous venez en train ou en bus si vous avez une embarcation gonflable.
-Soit vous faites appel à un loueur qui vous amène au point de départ et vous reprend à votre point d’arrivée.

COMBIEN CA COÛTE ?

Pour calculer votre budget vous devez prendre en compte :

-Votre budget déplacement entre chez vous et la Loire (+ retour au point de départ si vous devez récupérer une voiture).

-Votre budget achat ou location du canoé/kayak et de son matériel : Cela peut être très variable, mais vous pouvez trouver des canoës d’occasion à partir de 200/300 euros. Comptez au total 500 euros minimum avec les pagaies, les gilets, les sacs ou les bidons étanches et le petit matériel nécessaire.
Pour une location de 5 jours comptez environ 100 euros par personne.

-Votre budget hébergement : les bivouacs sont gratuits. Pour les campings comptez environ 15 à 20 euros par nuit pour deux personnes.

-Votre budget nourriture : Il sera sensiblement égal à ce que vous dépenseriez chez vous, sauf si vous manger du lyophilisé qui coûte plus cher.

Additionnez tout ça pour obtenir votre budget total !

TRUCS ET ASTUCES

-Pour bien se repérer et ne pas perdre le fil du fleuve c’est très simple, il suffit de bien repérer les ponts. Quand vous franchissez le premier vous le barrer sur votre carte, puis vous regarder sur la carte où est le prochain pour calculer à peu près quand est-ce que vous le franchirez et vous le barrez également à son passage et ainsi de suite…

-En été, il peut y avoir une prolifération d’algues à fleurs blanches sur le fleuve qui peuvent être un peut gênantes pour naviguer. Il faut essayer de repérer les zones les plus libres comme une navigation dans la banquise 🙂

Algues dans La Loire

-Si vous êtes meilleur pêcheur que moi, pensez à prendre de quoi attraper du poisson, (attention il faut un permis de pêche) et une petite grille, c’est toujours sympa d’avoir du frais à manger.

-Protégez bien tout votre matériel de l’eau. Utilisez pour cela des sacs étanches, (ils sont plus ou moins étanches en cas de chavirage) et des bidons étanches, qui eux sont complètement étanches.

Voilà, j’espère que cet article vous servira. Bonne navigation à tous et racontez-moi votre expérience en commentaires ! Si vous avez des remarques ou des infos à ajouter, n’hésitez surtout pas à écrire également un commentaire. Ce blog est fait pour partager…

Je publierai très prochainement un autre article pour partager avec vous des informations plus précises sur la section que j’ai descendue, de Roanne à Nevers. Vous pouvez vous inscrire à la newsletter pour ne rien manquer 🙂 . A très vite !

Recherches utilisées pour trouver cet article :descendre la loire en canoe, descente de la loire en kayak gonflable, la loire en canoë, canoe kayak gonflable, descendre la loire en kayak, loire en canoé, quand faire du kayak sur la claree

8 Comments

      • Salut Brieg,

        Non pas vraiment mais ca m’interesse toujours, j’aime beaucoup partir en autonomie complete. L’an dernier on a descendu une riviere en Alaska pendant 10 jours c’etait genial.
        La Loire ca fait un moment que j’y penses, ton article me conforte dans cette idée =)

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*