Récit de mon tour du monde à vélo : Chapitre 6 – Espoirs et désillusions sur la Panaméricaine

voyage à vélo amérique du sud

Le contexte de ce tour du monde à vélo

Suite à mon tour du monde à vélo de 2 ans réalisé entre mars 2005 et mars 2007, nous avions écrit (ma compagne et moi) un texte dans le but de le publier… Mais pour plusieurs raisons, il n’a jamais vu le jour ! Il est donc temps de le partager ;).

Même si le voyage date un peu et que certains pays et informations techniques ont “un peu” évolué depuis, toutes les émotions que nous avons ressenties seraient les mêmes aujourd’hui.

Nous avons également réalisé un film de 45 minutes “La roue libre” que nous avons présenté dans différents festivals de voyage à vélo et que nous vendions à l’époque en DVD. Les images datent un peu mais vous pouvez maintenant le télécharger gratuitement. Pour le recevoir, il suffit de me le demander via le formulaire ci-dessous.

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Le récit de ce tour du monde à vélo

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Chapitre 6 : Espoirs et désillusions sur la Panaméricaine

Avril 2006

« 08 avril, fin d’après-midi. Lima, Plaza Mayor :
Les petites filles ont de belles nattes. Les enfants nourrissent les pigeons et leur courent après en riant aux éclats. Les jeunes jouent avec leur téléphone portable ou leur appareil photo numérique dernier cri. Les couples d’amoureux se promènent main dans la main. Il fait beau.

08 avril, fin d’après-midi. Lima, Rue Emancipacion :
Les petites filles mendient sur les genoux d’un parent. Les enfants cirent des chaussures. D’autres vendent des cigarettes ou des chewing-gums à l’unité. Les jeunes racolent ou proposent de l’herbe. Un petit garçon fait la manche. Il a le visage entier brûlé. Ma gorge se serre. »

Quasiment chaque jour, au Pérou, nous sommes confrontés à la pauvreté. En longeant la côte au sud de Lima par la Panaméricaine, nous rencontrons Dan, un cycliste d’une vingtaine d’années qui vit à quelques kilomètres. Il nous invite à dormir chez lui.

Nous le suivons, ravis. Finalement, on nous installe dans un cabanon vétuste au fond du jardin et sa mère nous demande le même prix que celui d’une chambre d’hôtel. Sachant que le salaire moyen est de six euros par jour, nous acceptons de payer pour son hospitalité.

Il est de toute façon très difficile de trouver un endroit où planter la tente, car il n y a aucun jardin, et les gens se barricadent derrière leurs murs surmontés de clôtures… parfois électrifiées !

Dan répare les vélos du quartier, mais ce travail, cette vie, ne semblent pas lui plaire. Il rêve de voyager, ou au moins de partir pour trouver un autre travail ailleurs.

Il pose une question a Brieg qui craint de ne pas bien comprendre, et appelle Elise en renfort. Dan reformule sa question, qui est bien claire : il veut monter sur son vélo et partir avec nous, dès le lendemain matin.

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Jusqu’où ? Peu importe, ailleurs. Jusqu’en France, ou avant s’il trouve du travail. Oups, ben, c’est-à-dire, en fait, euh, Non ! Un voyage à trois, ce n’est pas trop ce qui est prévu ! Dan a un bon vélo, certes, mais il n’a ni tente ni passeport, son seul bagage se résume à son envie de partir, ou de fuir. Son vœu est bien légitime, mais nous repartons le lendemain, à deux.

Un gros coup de blues s’abat sur Elise en longeant la côte. Son moral s’accorde aux couleurs du paysage : gris, brouillard, poussière. Alors que nous sommes sur les routes depuis plus d’un an, c’est une chute de motivation générale et inattendue qui l’envahit. La mélancolie dure plusieurs jours. Il faut dire que ni l’ambiance ni l’environnement ne sont très colorés.

voyage à vélo - pérou

Elise : « J’ai le mal du pays. Voyant que ça ne passe pas, je finis par en parler à Brieg. Il avait remarqué bien sûr, notamment au nombre accablant de soupirs que je pousse dès le réveil.

J’en ai assez de l’ailleurs, je voudrais me retrouver dans un « chez moi », manger une salade en sachant qu’elle ne me rendra pas malade, serrer mes proches dans mes bras, ne pas être obligée de replier la tente chaque matin sans savoir ce qui nous attend…

Cette fois je me pose sérieusement la question de rentrer en France. Brieg lui est catégorique. Maintenant qu’il a mis le pied en Amérique du Sud, il compte bien aller voir ce que ce continent lui réserve. Il s’agirait donc de rentrer seule, alors la question tourne et retourne dans ma tête. D’un côté, je me sens tellement mal que je ne vois pas que faire d’autre pour y remédier.

D’un autre côté, abandonner maintenant serait un véritable échec personnel, même si je peux déjà être fière d’avoir parcouru autant de kilomètres à vélo ! »

Alors que nous sommes arrêtés près d’un entrepôt, un jeune homme s’approche de nous, sans doute intrigués par les sanglots d’Elise, qui les ravale aussitôt.

Il est content de nous montrer qu’il a quelques bases en anglais, et s’en sert pour nous expliquer qu’un jour, il suivra cette route vers le nord, jusqu’au Mexique. De là, il passera clandestinement aux États-Unis, « en passant par la plage » nous précise-t-il. Voilà pourquoi il connaît un peu l’anglais : il se prépare à une vie meilleure…

Il semble que les panneaux de campagne électorale que l’on voit partout lui laissent donc peu d’espoirs malgré leurs promesses « Pour un Pérou nouveau », « Pour que le Pérou aille crescendo », « Pour le paiement des heures sup. ! » Les slogans ne manquent pas.

L’espoir, lui, semble être un luxe que peu de Péruviens s’accordent. Devant le désarroi de ces jeunes, Elise ne peut garder les idées noires très longtemps. Comment oser se plaindre alors que nous sommes là, à nous balader autour du monde, par choix… Sa joie de vivre habituelle reprend vite le dessus.

Nous ne sommes plus très loin des fameuses « lignes de Nazca », géoglyphes classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, qui l’ont toujours fascinée. Il faut donc remonter sur ce vélo avec entrain et aller les voir enfin.

voyage à vélo - pérou - andes

Nous arrivons à Nazca au pied des Andes, et retrouvons une vieille amie : l’intoxication alimentaire, alors que le dénivelé le plus important du voyage nous tend les bras.

Après s’être installés en ville, nous filons en direction de l´hôpital. Dans le secteur public, les médecins font de leur mieux mais semblent découragés, car les moyens sont tellement insuffisants…

Les prélèvements pour analyses se font dans un gobelet en plastique qu’il faut se procurer auparavant dans l’épicerie voisine. Les prises de sang sont faites sans gants, et il faut acheter les médicaments et régler les frais d’hospitalisation avant de recevoir les soins…

Dans les WC aux murs décrépis, il n y a pas d´eau, pas de savon, pas de papier, pas de lumière, mais pour se consoler, il est toujours possible d’en parler aux cafards qui grouillent partout…

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Dans la chambre d’hôpital équipée de six lits, en face de Brieg, quelque chose bouge difficilement sous une couverture. Il y a donc quelqu´un là dessous ? La forme est pourtant si fine…

Au bout de quelques minutes, nous voyons qu´il s´agit d´un vieil homme aveugle, squelettique. Il a perdu l’usage de la parole, et nous apprenons qu’il est alité depuis trois ans. L’infirmier et un autre patient s´intéressent à notre pays.

Brieg : « Ils nous demandent pourquoi des voitures brûlent en France. Encore une fois, nous avons honte d’expliquer que les jeunes ne sont pas contents, alors que l’on voit toute cette misère ici.»

A l’époque, les journaux télévisés du monde entier montrent les émeutes qui ont lieu dans notre pays : les jeunes mettant le feu à des centaines de voitures chaque nuit, ou défilant dans le rue contre le CPE.

Ce n’est pas que nous ne comprenons pas ces revendications. C’est que notre position est inconfortable, car ceux qui nous demandent des explications vivent dans des conditions bien plus difficiles.

Le malaise s’accentue à mesure que la conversation continue :

« -Comment est organisé le système de santé en France ?

-Ben… il y a la sécurité sociale…

-Et comment est organisé le système d´études ?

-Ben… la fac c´est gratuit, et puis il y a les bourses.

-Et comment est organisé le système de travail ?

-Ben… beaucoup de ceux qui ne travaillent pas reçoivent des indemnités de l´État.

-Mais il n y pas de pauvres alors ?

-… »

Évidemment, nous atténuons nos propos. Nous ne pouvons pas répondre de but en blanc, énumérer ainsi les acquis sociaux de notre pays sans frôler l’indécence.

Le vieil homme agonisant gémit. L´infirmier s´approche de lui et, dans le but de nous choquer, soulève brusquement la couverture. Il crie en désignant le vieux famélique couvert d´escarres :

-« Au Pérou, c´est comme ça ! Au Pérou, c´est comme ça ! »

Un sentiment d’injustice nous envahit. Nous avons choisi une façon de voyager nous permettant de découvrir les pays par l´intérieur, et cela peut parfois nous confronter à des réalités difficiles. Nous nous sentons bien souvent impuissants.

Ce face à face avec la misère nous fait prendre conscience de notre situation privilégiée en tant qu’occidentaux. Suite à un tel déséquilibre, nous aurons de plus en plus de mal à supporter les jérémiades de nos concitoyens.

Brieg : « Au plafond, les néons sont couverts de nids d’araignée. La nuit, des cafards montent sur le lit. Une nuit dans cet hôpital péruvien fait autant réfléchir que un an de voyage. »

Brieg a passé la nuit à l’hôpital en observation. Les médecins diagnostiquent une salmonellose, sans doute de type fièvre typhoïde, contre laquelle nous étions pourtant vaccinés.

Après un traitement carabiné et plusieurs jours de repos, nous sommes d’attaque pour entamer notre défi : l’ascension de la Cordillère des Andes.

La suite du récit est pour bientôt…

En attendant, vous pouvez télécharger gratuitement le film de notre tour du monde à vélo “La roue libre”. Pour le recevoir, il suffit de me le demander via le formulaire ci-dessous.

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4 Comments

  1. Eh beh c’est pas de tout repos. 🙂

    Pour autant, la misère est là bas franchement intolérable et inadmissible on est bien d’accord mais en France même si par rapport à ces pays nous pouvons paraître privilégiés, ce n’est pas une raison pour ne pas dénoncer ce qui ne va pas 🙂

  2. Bonjour Brieg,
    Je viens de lire à l’instant le chapitre 6 : Espoirs et désillusions sur la panaméricaine. et apprécie le style direct, simple, qui attire l’attention, éveille les sens et suscite l’émoi en soi.
    J’ai moi-même eu l’occasion de faire un périple à vélo avec 3 autres copains en 1986 : 4000 km en 40 jours (de Québec à la Nouvelle Orléans). Daniel MASSON qui nous avait proposé ce type d’aventure a fait par après un tour du monde en vélo en solitaire et publié un livre “Les roues de l’aventure” voyage autour du monde en 772 jours – édition LE CRI 1991.
    Daniel n’est plus de ce monde, tout comme Alain. Nous sommes encore 2 de cette belle aventure à 4.
    Je vais relire son livre ou en dernière page il clôt celui-ci par ses quelques mots :”On fait le tour de la table, Le tour du quartier, puis Le tour du monde et enfin Le tour de soi-même”.
    Merci de me dire comment passer commande de ton livre.
    Oups, je lis qu’il n’y a pas de livre… pour diverses raisons. C’est dommage.
    Tout de bon
    Jean-Robert FRANCOIS

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