Récit de mon tour du monde à vélo : Chapitre 3 – Nomades

voyage à vélo Mongolie

Le contexte de ce tour du monde à vélo

Suite à mon tour du monde à vélo de 2 ans réalisé entre mars 2005 et mars 2007, nous avions écrit (ma compagne et moi) un texte dans le but de le publier… Mais pour plusieurs raisons, il n’a jamais vu le jour ! Il est donc temps de le partager ;).

Même si le voyage date un peu et que certains pays et informations techniques ont “un peu” évolué depuis, toutes les émotions que nous avons ressenties seraient les mêmes aujourd’hui.

Nous avons également réalisé un film de 45 minutes “La roue libre” que nous avons présenté dans différents festivals de voyage à vélo et que nous vendions à l’époque en DVD. Les images datent un peu mais vous pouvez maintenant le télécharger gratuitement.

Pour télécharger le film, il suffit de cliquer ici (ou sur l’image ci-dessous)

Film tour du monde à vélo

Le récit de ce tour du monde à vélo

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Chapitre 3 : Nomades

Aout 2005

« Welcome to Mongolia ! » est le premier salut qu’on nous adresse alors que nous n’avons pas encore franchi la frontière. En attendant, nous jetons des regards impatients de l’autre côté de la barrière.

La Mongolie est là, enfin, à portée de main. Trois taches blanches au loin. Nous doutons, nous avons du mal à y croire. Ce sont bien des yourtes, ou plutôt des gers comme on dit ici. Ces tentes circulaires constituent l’habitat traditionnel mongol.

Nous quittons enfin la douane et nous écartons rapidement de la route afin d’aller voir ce groupe de trois yourtes qui est maintenant accessible. Brieg tend notre mot traduit en mongol et Erdenet Vat, le père de famille, nous fait entrer dans une des tentes.

Nos regards balaient la pièce avec curiosité. Dans tout le pays nous retrouverons le même décor, la même disposition, et les mêmes gestes. Au centre, le fourneau trône. Au dessus, une ouverture par laquelle s’échappe le tuyau brûlant laisse entrevoir le ciel.

Cette ouverture représente le lien entre le terrestre et le céleste, entre l’humain et le divin. C’est autour d’elle que s’organise la structure en bois qui constitue la yourte, pièce unique circulaire d’une trentaine de mètres carrés.

Les parois sont décorées de tentures de couleur unie, et le sol est couvert de tapis ou de morceaux de linoléum. Cette mosaïque de motifs et de textures, couche posée à même le sol, est sans doute doublée à mesure que le froid approche.

Aujourd’hui au contraire, nous sommes en plein été. Les feutres et les tentures qui pourraient être l’équivalent de nos murs sont relevés pour laisser entrer un peu d’air frais et de lumière.

Tout autour de la pièce, des meubles sont disposées en enfilade : étagère-cuisine, toujours à côté de la porte, puis lits, coffres, et au fond, un meuble bas sur lequel une icône de Bouddha est adorée.

Sur l’autel où brûle l’encens, de la nourriture est servie en offrande. On ne doit jamais se présenter dos au Bouddha, comme la mère le fait gentiment remarquer à Elise alors que, penchée en avant pour montrer une photo à Erdenet, elle tendait les fesses vers l’autel sacré !

A peine arrivés, on nous sert à manger. Des biscuits, du fromage très dur, et du beurre rance, comme mélangé à des miettes. Le tout est accompagné d’un bol de thé au lait. Ce bol est partout servi de la même façon, par une femme, les mains jointes, au visiteur de passage. A peine a-t-il franchi le seuil (sans trébucher sous peine de faire entrer la malédiction en même temps) que le bol est déjà prêt à lui être offert.

Un peu plus tard nos hôtes ouvriront une bouteille d’airag, du lait de jument fermenté. Ce laitage légèrement pétillant est la boisson nationale, on nous la présente comme étant la bière mongole.

Autour de ce breuvage, Erdenet nous présente sa famille : ses quatre fils, dont l’aîné est marié à Toya, qui allaite leur bébé de quelques mois ; et Amor Tchargal, la seule fille. L’adolescente prend soin de nous et nous explique tout. Nous apprenons quelques mots. La prononciation nous est très difficile.

Les neveux et nièces, scolarisés, ont un livre d’anglais, avec un glossaire à la fin, qui nous sert de dictionnaire. Elise recopie les mots les plus utiles dans un carnet. Ils nous serviront à connaître une base de vocabulaire avant de trouver un vrai dictionnaire dans la prochaine ville.

Après s’être assurés que nous avions un appareil photo, toute la famille joue à nous habiller en parfaits mongols, avec de belles tuniques et des bottes en cuir de fabrication maison au bout recourbé. Elles sont si confortables qu’Elise ne veut plus les quitter.

Notre première nuit en Mongolie est la plus calme que nous ayons passée depuis longtemps. Enfin aucun chien, aucun coq, aucun camion ne nous réveille au petit matin. La nuit est douce, étoilée, silencieuse.

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Elise : « Ce matin Brieg va chercher de l’eau avec Erdenet. Il leur a fallu parcourir plusieurs kilomètres et ils reviennent plus d’une heure plus tard. Pendant ce temps, j’assiste à la traite de la jument. L’aîné lui attache les pattes puis amène le poulain pour que celui-ci tète, pour se nourrir et pour appeler le lait.

Le poulain est retiré puis la mère de famille remplit son seau. Lui tient la jument par l’encolure, délicatement. Il lui fredonne une chanson. Pour eux c’est une tâche quotidienne, mais pour moi, c’est une scène magique, empreinte de respect et de tendresse. Moment fort où l’on comprend le lien privilégié que les mongols entretiennent avec le cheval. »

Les mongols sont des cavaliers hors-pair, on dit même que ce sont eux qui ont inventé l’art de la cavalerie. Les enfants montent parfaitement dès le plus jeune âge. Ils manient le lasso plus facilement que les meilleurs cow-boys, et les chevaux ne semblent connaître que le triple galop.

Près de la yourte, il y a toujours au moins un cheval sellé, prêt à être monté au moindre instant. Devant notre curiosité, les hommes s’amusent à nous faire monter. Les chevaux ne sont pas très grands, mais les selles sont en bois, et nous ne tenons pas longtemps dessus, nous souffrons déjà suffisamment sur nos selles de vélo !

A notre tour nous leur faisons essayer nos montures. Les plus maladroits font rire toute la famille.

Puis, pour profiter du soleil, les peaux de moutons sont étalées au soleil pour sécher. Les peaux serviront à confectionner des couvertures et de la laine, qui sera transformée en vêtements, isolant pour les yourtes sous forme de feutre, ou en cordes.

Amor Tchargal enseigne à Elise comment filer et torsader la laine, sans aucun instrument, grâce à un geste précis qui consiste à la rouler entre ses doigts. Elle s’y applique une bonne partie de la journée et obtient une cordelette d’une trentaine de centimètres, précieusement conservée depuis.

Dans l’après-midi, la famille se rassemble devant notre tente et nous partageons ce que nous pouvons leur offrir : thé et biscuits. Soudain, une des femmes, le regard tourné vers l’horizon, pousse un cri, dit trois mots et tout le monde s’affole.

Les enfants partent dans la même direction en courant, le père de famille nous emprunte un vélo précipitamment. L’aîné enfourche un cheval et part au galop.

Nous mettons quelques secondes à comprendre ce qui se passe : le troupeau est attaqué par une horde de chiens sauvages. Très vite, le fils revient et attrape deux fusils. En quelques minutes seulement, la famille regagne les yourtes, retrouve son calme et se remet de ses émotions.

Le troupeau est sauf, il a été très vite encadré par les enfants avant que les bêtes, de peur, n’aient le temps de se disperser dans la steppe. Les hommes ont tué un des «mauvais chiens» et les autres se sont enfuis. Le troupeau est la plus grande richesse de cette famille d’éleveurs, leur unique source de revenus.

En fin d’après-midi d’ailleurs, une voiture vient se garer près de la yourte pour quelques instants. Le temps de négocier le prix d’une chèvre. Les transactions chez les mongols se font généralement de la main à la main. Les hommes se serrent la main et gardent leur geste caché par leurs longues et larges manches.

Un système codé leur permet de communiquer du bout des doigts. Aussi, même en assistant à la scène, on ne peut pas savoir sur quel prix ils se sont mis d’accord et les affaires se font ainsi dans la plus grande discrétion.

Peu de temps après le départ des « clients » , Erdenet attrape une chèvre et la tue sans violence, en exerçant une pression au niveau de la gorge de l’animal qui tombe d’un coup, sans qu’aucune goutte de sang n’ait coulé.

La scène du dépeçage sera elle plus sanglante, nous assistons à la préparation de la bête, qui est séparée en deux : les beaux morceaux de viande sont mis de côté pour les clients, et tous les abats, cœur, tête, estomac, sang, seront gardés par la famille pour la préparation du prochain repas, auquel nous sommes conviés.

« Pour bien aimer un pays, il faut le manger, le boire et l’entendre chanter » (Michel Déon).

Après ces deux jours riches en émotion, qui nous ont offert un concentré de Mongolie, nous quittons à regret cette famille pour continuer notre route. Nous ne sommes qu’à trois kilomètres de la frontière ! Le pays s’étend devant nous.

La plus grande route goudronnée traverse le pays du nord au sud. Malgré son importance, nous n’y voyons pas plus de véhicules que sur nos routes de campagne, et croisons autant de troupeaux que de camions.

Sur cet axe, en dehors des quelques villes, peu de bâtiments, et surtout, aucun arbre. Nous qui sommes habitués à des étés balayés par la brise marine, la chaleur continentale de ce mois d’août nous assomme. Aucune ombre au tableau.

Nous devons tendre la couverture de survie entre nos vélos pour trouver un peu de fraîcheur lors de notre pause déjeuner. Très vite, notre menu se répète. « riz aux oignons » sera notre plat du jour pendant plusieurs semaines. Menu exhaustif, chaud le soir, froid le midi.

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Il nous arrive parfois, au détour d’une épicerie, de l’agrémenter d’une carotte ou de le remplacer par des nouilles chinoises instantanées.

Le jour où un restaurant de type routier se présente au bord de la route, nous n’avons pas besoin de réfléchir pendant des heures avant de nous y engouffrer, et nous attabler autour d’un plat de viande en sauce et petits légumes grillés.

Un peu alourdis par ce festin inattendu, nous ne pédalerons pas très longtemps, et nous installons près de la première yourte rencontrée.

Les enfants nous aident à installer notre campement. Enfants nomades, ils ont l’habitude de prêter main forte lorsque leur famille monte et démonte la yourte.

Nous aurons ainsi très souvent des petites mains pour nous accompagner dans le montage de la tente, pourtant bien rodé. Dérouler le double toit, tenir une sardine, faire un nœud, chacun trouve un moyen de nous aider.

Comme chaque soir, nous n’avons eu aucun mal à trouver un lieu pour camper. Dans la steppe, pas de domaine individuel, pas de barrière ni de panneau de propriété privée, chacun plante sa yourte sur un bout d’herbe, et nous pouvons en faire de même. Comme eux nous sommes des nomades.

D’ailleurs dans ce pays, on ne nous pose aucune question sur le pourquoi et le comment de notre périple. Etre sur la route leur semble naturel. Les Mongols se déplacent en fonction des saisons, des points d’eau, des pâturages.

Nous avons d’ailleurs eu la chance de faire partie du voyage lors d’un de ces déménagements. La famille près de laquelle nous campons nous invite à passer la soirée dans la yourte et le lendemain, part pour la capitale.

La mère de famille nous propose de nous emmener avec le reste du chargement : une occasion inespérée de partager ce moment si emblématique de leur culture.

Nous nous levons tôt pour ne rien rater du démontage des yourtes. L’une d’entre elle à déjà disparu, démontée à l’aube sans bruit. Nous aidons à sortir les meubles et les paquets de la seconde yourte. Le troupeau est conduit près de membres de la famille qui habitent à quelques kilomètres et qui en prendront soin pendant l’automne.

La structure de la maison, les sacs de viande, la marmite de lait caillé, les lits, et la moitié de la famille sont entassés méthodiquement sur la remorque d’un vieux camion.

Nos vélos et nos sacoches sont ajoutés au chargement à plusieurs mètres de haut, et nous prenons place à côté. Régulièrement, il faut se cacher sous une grosse couverture prévue à cet effet, pour passer les postes de contrôle de police.

Nous devons bien être perchés à trois mètres cinquante de haut, et en arrivant à Oulan Bator, nous devons soulever les lignes électriques pour qu’elles ne s’accrochent pas à notre chargement !

Tard, nous arrivons à leur nouveau campement, dans la banlieue de la capitale, après avoir mis plus de quatre heures pour parcourir une centaine de kilomètres.

Contrairement aux indications données par notre carte mongole, la route ne traverse pas le pays du nord au sud. Au moment d’aborder la partie la plus aride du pays, la langue de bitume s’arrête net.

Devant nous, à perte de vue : le désert de Gobi. Aucune vraie piste. Quelques sillages s’égarent dans toutes les directions. Le prochain village est à deux jours de vélo, en roulant toujours tout droit, à allure régulière. C’était sous-estimer la difficulté de l’étape.

Nous devons redoubler d’efforts pour avancer sur un sol sableux. Nos vélos sont chargés de réserves de nourriture et de vingt litres d’eau, soit autant de kilos supplémentaires. Comme pour éteindre tout espoir de continuer à vélo, un vent soutenu souffle dans la direction contraire.

Elise : «J’atteins péniblement une allure de sept kilomètres-heure maximum. La progression est très dure et je ne me sens pas du tout à la hauteur. Je passe une bonne partie du chemin à pleurer derrière mes lunettes de soleil, de découragement, de fatigue et de déconvenue.

Ces étendues désertiques sont d’une certaine beauté dans leur immensité, mais quel désolation ! Plus nous avançons, plus nous nous enfonçons dans le désert, mais à cette allure nous n’atteindrons jamais le premier village avant le délai imposé par notre autonomie en eau.»

Après plusieurs heures de lutte inégale contre les éléments et seulement une quinzaine de kilomètres au compteur, nous décidons de rebrousser chemin. Nous renonçons à traverser le désert de Gobi à vélo et montons dans un train en direction d’un autre univers : la Chine.

Cliquez ici pour lire la suite du récit : Chapitre 4 – Au sud des nuages

Téléchargez gratuitement le film de notre tour du monde à vélo “La roue libre”.

Pour télécharger le film, il suffit de cliquer ici (ou sur l’image ci-dessous)

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4 Comments

  1. Je découvre votre blog: un bonheur d’évasion et de lecture 🙂
    Merci de nous partager votre aventure, vous m’avez littéralement embarquée dans votre périple ! Et quelle plume ! Bravo

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