Comment anticiper et gérer un orage en randonnée

que faire - orage - randonnée

Marcher sous un ciel menaçant peut transformer une belle journée de randonnée en une expérience potentiellement dangereuse. Chaque année, des randonneurs se font surprendre par des orages en montagne, parfois avec des conséquences dramatiques. Pourtant, il est tout à fait possible d’éviter les situations à risque en s’informant, en observant les signes avant-coureurs et en adoptant les bons réflexes.

Mais pas de paranoïa : en France depuis 10 ans, dans les activités de randonnée, il y aurait moins de 1 décès par an dû au foudroyement. Mais même si les accidents liés à la foudre sont très peu fréquents, Stéphane Schmitt spécialiste en “météorage” tient à faire de la prévention car “beaucoup trop d’accidents interviennent par sous-estimation du risque, car il est minime“.

Dans cet article, nous allons voir comment anticiper l’arrivée d’un orage, comment réagir si vous êtes pris dedans, et quelles mesures de prévention adopter pour randonner en toute sécurité.

création rapide voile laiteux - orage - randonnée
Création rapide d’un voile laiteux + cumulus bourgeonnants – Signe annonciateur d’un orage

1. Comprendre la formation des orages

Il existe principalement deux types d’orage :

A – Les orages de chaleur

Ce sont les plus courant en été. Un orage se forme lorsque de l’air chaud et humide monte en altitude, se refroidit et forme de gros nuages appelés cumulo-nimbus. Ce phénomène est favorisé par :

  • Un fort ensoleillement en matinée,
  • Une atmosphère instable (grosse différence de température entre les différentes couches d’air, suivant l’altitude),
  • De l’humidité présente au sol.

Le principe de départ : l’air chaud et humide au sol monte (car il est léger) puis se refroidit en altitude, ce qui provoque la condensation de la vapeur d’eau contenu dans l’air, ce qui créer le nuage (cumulonimbus)

B – Les orages de front froid

C’est orage sont moins fréquents, mais potentiellement très violents. Ils se produisent au passage d’un front froid lié à une perturbation. Leur fréquence est répartie tout au long de l’année et peuvent se produire n’importe quand dans la journée. Donc attention si la météo prévoit un orage le matin, il s’agit surement d’un orage de front froid qui peut être particulièrement violent !

De manière générale, les orages sont beaucoup plus fréquents en fin de journée, surtout en été, et dans les zones montagneuses où le relief favorise les mouvements d’air ascendants.

orage randonnée
Un matin orageux

2. Anticiper grâce à la météo

Vérifier la météo avant de partir est indispensable. Consultez les bulletins météo. Le bulletin officiel de Météo France est la référence. Mais il existe également de très bon site comme Météo Blue.

Quelques indicateurs à surveiller :

  • Risque d’orages indiqué dans la journée ?
  • Forte chaleur prévue le matin puis dégradation en fin de journée ?
  • Rafales de vent, pressions en baisse, humidité marquée ?

Plus ces indices sont nombreux plus le risque d’orage est élevé. Si le risque d’orage est déjà mentionné, plus les autres indices seront nombreux plus l’orage risque d’être violent !

En cas de doute : partez plus tôt ou choisissez un itinéraire plus court. En sachant que la plupart de ces orages d’été se déclenche à partir de 16h. (Cet horaire statistique est un repère à prendre avec prudence, ça peut-être avant, ça peut être après…)


3. Savoir reconnaître les signes annonciateurs

Même sans bulletin météo, il est possible de “sentir” venir l’orage. Voici les principaux signes à observer sur le terrain :

  • Chaleur lourde et humide en début d’après-midi,
  • Nuages qui s’élargissent en champignons (cumulo-nimbus) avec des bases sombres,
  • Vent qui se lève brutalement ou change brusquement de direction,
  • Pression qui chute (si vous avez un altimètre ou un baromètre),
  • Bourdonnement ou crépitement dans l’air, sensation d’électricité sur les cheveux ou les bâtons (signal imminent !).

Voir aussi mon article : Comment prévoir la météo avec les nuages

Dès que vous repérez un ou plusieurs de ces signes, faites demi-tour si vous êtes en train de monter ou cherchez un abri. Avant votre randonnée il est important d’avoir repéré des itinéraires bis pour raccourcir votre randonnée ou éviter une zone exposée (sommet, crête). Mais aussi de repérer des abris potentiels : villages, refuges, cabane ouverte, grotte profonde…

formation cumulonibus - randonnée montagne (Petite)
Création du cumulonimbus (forme d’enclume) il est 16h

4. Que faire si l’orage est proche

Le tonnerre gronde, le ciel devient noir et l’air devient électrique ? Voici les bons réflexes à adopter :

A. Éloignez-vous des zones exposées

  • Descendez immédiatement des crêtes, arêtes, sommets, cols et zones dégagées.
  • Ne restez jamais au sommet ou au point le plus haut d’une zone.

B. Évitez les abris dangereux

  • Ne vous abritez pas sous un arbre isolé. (au contraire une forêt dense est un bon abri, en s’écartant des arbres)
  • Ne vous collez pas contre une paroi rocheuse ou un mur humide.
  • N’entrez pas dans une grotte trop petite (effet de cage de Faraday inverse).

C. Trouver un abri acceptable

  • Un groupe d’arbres (au moins 20 m de haut) offre une protection relative.
  • Une cabane en dur ou un refuge fermé est idéal.

D. Adoptez la bonne attitude

La première chose à faire est de s’éloigner des zones dangereuse, sans courir, pour aller trouver un abri. Sans courir, car plus vous écarter les jambes plus le potentiel électrique sera fort en cas de foudroyement. (Les vaches qui ont les pattes beaucoup plus écartées que nous, sont très vulnérables à la foudre. (La foudre tue environ 10 000 bovins chaque année en France / contre moins de 10 humains).

Si aucun abri n’est disponible, voici ce qui est conseillé en théorie :

  • s’accroupir sur un équipement isolant (sac à dos, matelas mousse, corde),
  • Pieds joints,
  • Tête rentrée dans les épaules, mains sur les genoux,
  • Ne pas s’allonger : plus vous touchez le sol, plus vous risquez d’être traversé par un courant.

Je dis en théorie, car sous un orage, la pluie plus la température qui chute fortement, engendrent un autre danger qui n’est pas à prendre à la légère : L’hypothermie (le corps qui se refroidit sous les 35°c). Vous devrez donc toujours peser le pour et le contre de continuer à marcher ou s’arrêter et se refroidir…

Il peut être vraiment judicieux de s’arrêter si l’orage est violent et qu’il est vraiment sur vous. Cela ne dure généralement pas très longtemps… Mais encore une fois ce n’est pas de la science exacte ;).

E. Éloignez-vous des objets conducteurs

  • Rangez les bâtons de marche, les objets métalliques,
  • Déconnectez votre GPS, téléphone ou mettez-les hors tension,
  • Éloignez-vous des ruisseaux, lacs, sources (l’eau conduit très bien l’électricité).

Note 1 : Il y a débat sur certains points mentionnés ci-dessus, mais dans le doute, autant prendre toutes vos précautions…

Note 2 : Il y a aussi débat sur l’utilisation de la couverture de survie (qui est en aluminium)…

orage - randonnée
En plein coeur de l’orage

5. Pendant l’orage, la règle des 30 x 30

  • La lumière de l’éclair se propage instantanément (vitesse de la lumière = 300 000 km/s
  • Le son est beaucoup plus lent. Il se propage à 340 m/s
  • Pour calculer la distance à la quelle se situe l’orage, il suffit de compter le délai entre l’éclair et le tonnerre : 3 secondes = 1 km.
  • Si les éclairs tombent à moins de 10 km (moins de 30 secondes entre l’éclair et le tonnerre), vous êtes en zone de danger.
  • Ne repartez que 30 minutes après le dernier coup de tonnerre.

C’est une règle reconnue que je trouve personnellement très conservatrice. J’adopte plutôt la règle des 15 x 15 : 15 secondes entre l’éclair et le tonnerre = distance 5 km et j’attends 15 min après le dernier coup de tonnerre. Mais cela n’engage que moi !


6. En groupe : écartez-vous

Si vous êtes plusieurs : espacer les personnes d’au moins 5 mètres. Cela limite le risque de foudroiement multiple.

En cas de foudroiement, appelez les secours (112), pratiquez la RCP (Réanimation CardioPulmonaire = massage cardiaque) si nécessaire. Une personne foudroyée ne garde pas l’électricité dans son corps : elle peut être touchée sans danger.


7. Préparer son itinéraire pour anticiper les orages

Avant de partir, vous pouvez limiter les risques :

  • Prévoir de finir votre randonnée avant 14 h en période orageuse. Ou 16h s’il y a un petit doute.
  • Identifier les échappatoires (routes, sentiers vers la vallée, abri, villlage, refuges).
  • Connaître les temps de marche approximatif entre les différents abris.
  • Repérer les zones exposées sur la carte (crêtes, cols, plateaux dégagés).

Ayez toujours sur vous :

  • Une lampe frontale,
  • Une protection contre la pluie,
  • Une couverture de survie,
  • De l’eau et des barres énergétiques,
  • Une application météo fiable (faite une capture d’écran si vous partez sur une zone sans réseau),
  • Les numéros d’urgence doivent être connus (112) et éventuellement le 114 (numéro d’urgence pour les mals entendants : communication par SMS qui peut fonctionner dans une zone où le réseau est trop faible pour établir une communication téléphonique).
formation cumulonimbus en plaine - orage randonnée
Formation du cumulonimbus au loin

A retenir !

Un orage en montagne n’est pas un événement anodin. Il peut surgir rapidement, surtout en été, et surprendre les plus expérimentés. Pour éviter de vous retrouver en danger, la préparation est la clé : anticipez, adaptez votre parcours, partez tôt et sachez renoncer si les conditions se dégradent.

N’oubliez pas : la nature est plus forte que vous. Être un bon randonneur, ce n’est pas aller au bout à tout prix, c’est savoir prendre la bonne décision au bon moment.

Lire aussi mon article : La météo en randonnée – Savoir l’interpréter et s’adapter

Je vous souhaite de belles aventures !

Deux vidéos pour aller plus loin…

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