Brieg : “Dans cet article je donne la parole à Fabien qui à parcouru le John Muir Trail en famille. Un trek connue dans l’ouest américain !” Une belle expérience qui montre qu’il est possible de se faire plaisir en famille 😉
Fabien :
Retour sur notre expérience familiale sur le John Muir Trail.
La genèse du projet
L’idée du John Muir Trail remonte à l’époque où Fanny était enceinte de Samuel, notre petit dernier… qui a maintenant sept ans !
« Quand les enfants auront huit et dix ans, on fera le John Muir Trail ! », je lance un soir, un peu trop sûr de moi, à Fanny, sceptique, qui me regarde comme si je délirais.
Nous y voilà pourtant. À sept et neuf ans, un peu en avance sur mes prévisions divinatoires, Samuel et Eliott nous accompagnent sur ce chemin de près de 400 kilomètres. Une folie pour certains ; pour nous, une expédition en famille, un bol d’air, une aventure partagée, un pari un peu fou, mais terriblement excitant.
| NOTRE JOHN MUIR TRAIL EN QUELQUES CHIFFRES : – Distance : environ 340 km + 60 km d’extras – Durée : 26 jours – Dénivelé positif : environ 15 000 m – Point culminant : Mont Whitney (4 421 m) – L’un des treks les plus mythiques des États-Unis |

Avant de franchir le cap, il a fallu surmonter beaucoup d’objections mentales, les nôtres comme celles de notre entourage.
Les passages en italique sont extraits du livre “En famille sur le John Muir Trail”.
« Un enfant n’est pas capable de marcher plusieurs centaines de kilomètres »
Après une bonne nuit, nous sommes tout excités de partir, les enfants également ! Espérons que cette motivation demeure : c’est l’un des plus gros challenges du trail. Si nous avons déjà beaucoup marché avec eux, nous ne savons pas comment ils vont réagir à 26 jours de marche et, surtout, 15 000 mètres de dénivelé…
Les premiers kilomètres sont une fête. Nous retrouvons avec grand plaisir les odeurs de pins et les rochers typiques de la région.
Pour se rendre sur le JMT (John Muir Trail)– oui, nous n’y sommes pas encore ! –, il faut franchir un col, le Cottonwood Pass. La montée est difficile, mais l’enthousiasme du début nous le fait franchir sans encombre.
Ensuite, c’est une autre paire de manches ! Samuel commence – déjà – à râler pour tout et n’importe quoi, la journée s’annonce longue…

Nous le redoutions un peu. Ce n’est pas lié à l’effort physique, mais plus à son envie du moment – ou plutôt son manque d’envie. Nous l’avions déjà remarqué : il aime beaucoup les routines, elles le rassurent. Le changement, lui, demande toujours un peu plus de temps.
La vraie question n’est pas la distance totale mais le rythme. Nous avons parcouru les 400 km en 26 jours, ce qui représente une quinzaine de kilomètres par jour. Il faut accepter de prendre le temps : les adultes pensent en kilomètres, les enfants vivent l’expérience de la journée très différemment selon ce qui se passe sur le trail.
Le rythme et la motivation sont des points clés pour les enfants. Les nôtres ont progressivement pris l’habitude de marcher : dès 4 ans avec 3 jours en itinérance dans les Cévennes, puis avec le chemin de Collioure à Cadaqués, suivi de l’ascension du volcan Acatenango au Guatemala ou encore de la traversée de Majorque…
Nous nous sommes posés cette question pendant plusieurs années. Dans « En famille sur le John Muir Trail », je raconte comment nous avons progressivement construit cette confiance à travers nos précédentes itinérances, jusqu’à oser nous lancer sur ce sentier mythique de la Sierra Nevada.
« C’est dangereux pour les enfants »
Préparer le John Muir Trail, c’est un gros travail en amont : la randonnée commence bien avant les premiers pas. De mon point de vue, la préparation n’est pas du tout un fardeau, bien au contraire ! J’adore me creuser la tête pour organiser l’itinéraire, les transports, les activités. Cela me fait voyager avant même le départ : je planifie, j’imagine, je projette… Mon esprit est déjà en route. Je m’évade.
Les embûches peuvent venir de nous-mêmes : blessure, maladie, démotivation. Le sort aurait pu s’en mêler avec des problèmes de transport, d’un ravitaillement disparu ou insuffisant. Même la nature aurait pu nous jouer des tours, que ce soit les feux de forêt, une météo dégradée ou un problème avec des animaux.
C’est une réalité : si ces problèmes touchent les adultes, ils touchent également les enfants. Les risques existent : une organisation minutieuse a donc été primordiale. Il faut se projeter mentalement pour être prêt à affronter les difficultés, et en faire de même en annonçant aux enfants à quoi s’attendre. Imaginer plusieurs scénarios et songer à des plans B est nécessaire afin de développer sa capacité d’adaptation.
Le livre revient en détail sur la préparation du trek, les erreurs à éviter et les solutions que nous avons trouvées sur le terrain pour la gestion des ravitaillements.

« Les enfants s’ennuient en randonnée »
Les enfants adorent grimper ! Eliott a certainement parcouru plus de kilomètres que nous car il aime à contourner le chemin en prenant la voie la plus difficile. Comme nous, les enfants aiment découvrir ce qu’il y a derrière la montagne. Et la nature leur offre tellement de choses pour jouer.
Les enfants ont clairement apprécié leur journée. Ils n’ont aucun jouet, mais s’amusent avec un rien. Tous les éléments naturels qu’ils trouvent deviennent immédiatement un centre d’intérêt palpitant avec lequel ils sont capables de jouer des heures et des heures. J’ai même remarqué que les jouets qu’ils possèdent en grand nombre à la maison perdent vite de l’intérêt à leurs yeux. En « s’ennuyant » dehors, les cailloux, bâtons, rivières et autres sont largement suffisants pour laisser libre cours à leur imagination sans limite.
Nous avons oublié aujourd’hui toutes les vertus d’un retour au vert. Revenir à l’essentiel, oublier son confort de vie, éviter les distractions liées aux écrans, tout le zapping lié à nos calendriers de folie où il est de plus en plus difficile de ralentir, de faire une pause, de ne rien faire. L’ennui est nécessaire, surtout chez les enfants. Il permet de se construire dans la contrainte du « pas tout tout de suite », de développer leur créativité. On s’aperçoit alors qu’ils s’adaptent, inventent des histoires ou de nouveaux jeux sortis de leur tête. On apprend à se regarder, se parler ; on prend le temps d’apprécier les choses et les moments simples.

« Le plus difficile, ce sont les enfants »
En réalité, dans la tête des adultes, se trament toutes les questions de logistique, de météo, de ravitaillement, de gestion du temps. Heureusement, après plusieurs jours dans le Wild, la charge mentale s’allège et l’on peut se consacrer pleinement au moment présent. Un sentiment de liberté, en quelque sorte.
Les enfants, eux, encaissent beaucoup mieux les imprévus. De l’insouciance ? Je l’ignore. Mais ils sont très forts pour profiter du moment présent et trouver ce lâcher-prise que nous recherchons tous. Ils s’émerveillent facilement de la beauté que nous offre la nature et les animaux.
Au réveil, un jeune cerf nous fait l’honneur de sa présence. Il semble accompagner les enfants à la rivière quand ils vont se brosser les dents. Un petit bonheur du quotidien que nous apprécions à sa juste valeur, même si cela ne nous surprend presque plus dans les forêts américaines.
(…)
C’est aussi le terrain de jeu de nos enfants – les seuls aperçus jusqu’alors – qui prennent un malin plaisir à jouer à cache-cache avec les nombreuses marmottes qui ont aussi élu domicile ici.
« J’ai trouvé une cachette pour les observer de très près sans qu’elles ne se doutent de quoi que ce soit », me lance Eliott, fier de partager son spot secret juste au-dessus des terriers.

« Les enfants n’en retirent pas grand-chose »
Voyager, c’est apprendre sans s’en rendre compte ! La géographie, l’histoire, les langues, la nature, les cultures : tout devient concret. Les enfants comme les adultes, retiennent mieux ce qu’ils vivent que ce qu’ils lisent. Chaque journée apporte une découverte. C’est une école à ciel ouvert.
Au-delà des connaissances que le voyage apporte, il développe aussi de nombreuses qualités personnelles : organiser, planifier, anticiper, rendre son esprit plus flexible et adaptable. La confiance en soi s’en trouve décuplée. Le voyage a même une dimension philosophique : il offre une prise de conscience de ses propres capacités.
Le voyage ramène aux choses simples et essentielles, celles qu’on oublie trop vite. C’est un temps pour soi et en famille qui permet d’apprécier les petits bonheurs quotidiens.
Alors, peut-on parcourir 400 km à pied avec des enfants de 7 et 9 ans ? Après 26 jours de marche, 15 000 m de dénivelé et des centaines de souvenirs partagés, notre réponse est oui. Pas parce que nos enfants seraient extraordinaires, mais parce que cette aventure s’est construite progressivement au fil des années. C’est cette histoire que raconte « En famille sur le John Muir Trail ».
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